Le poème en prose face au cinéma : le cas du Charlot de Louis Delluc - Université Côte d'Azur Access content directly
Conference Papers Year : 2017

Prose poem and cinema : the case of Louis Delluc's Charlie

Le poème en prose face au cinéma : le cas du Charlot de Louis Delluc

Abstract

Prose poems were given a new life in the 1920s. While painting and engraving played a decisive role for prose poems by Bertrand, Baudelaire or Rimbaud, moving pictures became the new silent source of writing during the 1920s. Charlot (Charlie, 1921) by Louis Delluc is one of the first examples of this other kind of production. Its strange poetic voice is probably its most precious innovation. Delluc makes good use of the multiple ways in which silent films address the audience and his communication is certainly influenced by the barker’s ambiguous enunciation in silent film theaters. In his prose poems, he offers an ongoing dialogue between silent film protagonist Charlie, narrative voice, spectators and readers. Various spaces – the film studio, the film’s fictional world, the theater, film criticism and literary fiction start to connect and communicate in the now porous space of prose poem.
Le renouvellement du poème en prose par la cinéphilie est un trait d'époque. Lorca s'y essaye dans « La muerte de la madre de Charlot » (1928), le Plume de Henri Michaux hérite directement des articles du jeune Henry (sic) sur Charlot, parus dans la revue belge Le Disque vert en 1924. L'une des premières manifestations de ce poème en prose nouvelle mouture est le Charlot de Louis Delluc en 1921 1. Après quatre chapitres introductifs, le corps du livre se compose de trente-deux textes brefs 2 portant les titres de films de Chaplin, depuis les premiers courts métrages jusqu'à Une idylle aux champs (Sunny Side), moyen métrage de 1919. Mais les textes débordent l'exercice du compte-rendu. D'abord parce qu'ils s'inscrivent dans la tradition du poème en prose depuis Aloysius Bertrand, combinant librement récit, moralité et méditation esthétique. Comme le Gaspard de la nuit de Bertrand, publié peu après sa mort en 1842, comme les Petits poèmes en prose de Baudelaire, le Charlot de Louis Delluc coud le prosaïque et le tragique, l'éphémère et l'éternel, développant le caractère d'inquiétante étrangeté de ce qui est narré. Le point de vue étonné du clown, propre au cinéma de Chaplin ou de Keaton, est ici accentué par le sentiment que ce qui est narré se passe de l'autre côté d'une vitre ou d'un écran, dans un décor et un monde répondant à des lois absurdes. Ensuite Delluc lui-même, au beau milieu de son livre, s'affranchit clairement de l'exercice du compte-rendu : dans le texte consacré à Charlot s'évade (The Adventurer), après avoir conté l'évasion de Charlot et sa poursuite par la police, le récit s'interrompt brusquement avec les excuses du sujet écrivant : La course reprend. Cela ne finit pas. Cela ne finira jamais. Je renonce. Pardonnez-moi. J'ai voulu raconter le plus drôle de Charlot. Je ne le ferai plus 3 .
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hal-03403712 , version 1 (26-10-2021)

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  • HAL Id : hal-03403712 , version 1

Cite

Sandrine Montin. Le poème en prose face au cinéma : le cas du Charlot de Louis Delluc. Migrations des genres et des formes littéraires et artistiques, Section de littérature comparée, Université de Toulouse Jean-Jaurès et laboratoire LLA-Créatis, Oct 2017, Toulouse, France. ⟨hal-03403712⟩
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