Le récit contradictoire et son linguistic turn

Marie-Albane Watine 1
1 BCL, équipe Linguistique de l’énonciation
BCL - Bases, Corpus, Langage (UMR 7320 - UNS / CNRS)
Résumé : Nous nous proposons dans cette étude de mettre en évidence les caractéristiques narratologiques, contextuelles et linguistiques de ce que nous appellerons les « récits contradictoires ». Nous désignons par là des récits qui font, en quelque façon, entorse au principe de non-contradiction tel qu’il est défini chez Aristote : « Il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose ».La contradiction narrative n’est pas un terrain inexploré dans l’étude du récit, loin s’en faut : elle entre notamment dans les composantes de ce que Brian McHale a appelé les « fictions postmodernes ». Elle présente aussi une parenté avec la notion de « discohérence », créée en 1973 par Jean Ricardou pour caractériser certains récits du « Nouveau Nouveau Roman », qui « met[tent] en scène l’assemblage impossible d’un Pluriel diégétique » – mais la mise en œuvre de cette notion cette fois-ci étroite nous paraît surtout opératoire pour les textes de cette période. La contradiction peut enfin entrer dans les caractéristiques plus larges de ce que Francis Berthelot appelle les « transfictions », qui, placées à l’interface entre narratologie thématique et narratologie discursive, bouleversent « l’ordre du monde actuel » en mêlant réel et imaginaire, et/ou « l’ordre du récit » en contestant les formes narratives couramment utilisées depuis le XIXe siècle : ainsi les textes de Buzzati, Auster, Queneau, Pynchon ou encore Lovecraft, Dick ou Matheson que Berthelot recense dans son anthologie.Nous souhaitons pour notre part nous placer d’un point de vue logique et linguistique pour borner l’exploration de ces transgressions postmodernes à la seule expression de la contradiction. Un récit est contradictoire, non parce qu’il évoque des faits qui n’appartiennent pas à la réalité de notre monde (comme c’est le cas dans le merveilleux ou le fantastique), mais parce qu’il affirme ou oblige à inférer, en même temps, deux propositions contradictoires P et non-P.Quels sont les propriétés de ce type de récit ? Comment expliquer leur fortune à partir des années 1960 – la contradiction serait-elle un objet spécifiquement postmoderne ? Dans quelle mesure et par quels moyens linguistiques la contradiction bouleverse-t-elle les cadres du récit, voire du discours dans son ensemble ? Quelle est l’influence des données contextuelles sur les formes adoptées par ce type de récit ?Nous nous appuierons dans un premier temps sur un texte d’Aragon pour mettre au jour le fonctionnement et les enjeux d’un récit contradictoire, avant de montrer quelle convergence de données historiques et culturelles président à la multiplication des récits contradictoires dans les décennies concernées. Nous confronterons enfin le récit d’Aragon à un court texte d’Allais (1890), pour montrer que leur fonctionnement linguistique respectif autorise à en distinguer deux modèles formels, qui témoignent du fait que le récit contradictoire est entré dans l’ère du « tournant linguistique ».
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Cahiers de narratologie, LIRCES, 2015, Street Art I, 〈https://narratologie.revues.org/7372〉
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Soumis le : lundi 10 octobre 2016 - 12:19:12
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Marie-Albane Watine. Le récit contradictoire et son linguistic turn. Cahiers de narratologie, LIRCES, 2015, Street Art I, 〈https://narratologie.revues.org/7372〉. 〈hal-01363120〉

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